2 juin 2011
Petite histoire du prêt d’une liseuse à la bibliothèque municipale de Sainte-Julie
À l’automne 2009, la bibliothèque municipale de Sainte-Julie se procure une liseuse (le Sony Reader PRS 600), l’objectif étant de familiariser la population et le personnel avec le livre électronique. À l’interne, l’acquisition nous a permis d’apprivoiser cette nouvelle technologie et de maîtriser l’objet.
L’achat du Sony Reader a été effectué à la suite de l’analyse (avantages et inconvénients) des différents types de liseuse sur le marché (Kindle 2, Sony Reader PRS-505 et Cybook Gen 3). Pour charger la liseuse de livres numériques, deux aspects ont été abordés : l’intégration de contenus numériques en libre accès et l’achat de documents numériques. Pour le libre accès, notre critère de sélection était d’acquérir des classiques de la littérature en français (Jules Verne, Shakespeare, Alexandre Dumas, etc.). Pour les livres à acheter, nous avons privilégié des documents récents, destinés au grand public, comme des ouvrages de fiction (romans populaires tels que ceux de la série Twilight) et documentaires (guides de voyage et biographies), pour une offre de services d’une trentaine d’ouvrages.
Pour intégrer les titres en libre accès, le site de la Bibliothèque nationale de France a été consulté (Gallica.fr). De plus, nous avons fait l’achat de titres en français sur le site de la librairie Archambault (jelis.ca). Après la période d’initiation du personnel, la liseuse allait profiter à la communauté. Il a fallu établir nos politiques et procédures de prêt et de catalogage.
Une réflexion a été amorcée. Comment prêter la liseuse et avec quelles composantes? Quels étaient les risques (bris d’équipement, piratage, données effacées et/ou copiées, etc.)? Devions-nous demander un dépôt pour le prêt? Quelle serait la durée de celui-ci? Comment effectuer le catalogage?…
Des lignes directrices ont été adoptées. Aucun dépôt n’a été demandé à l’usager, gérer ces montants d’argent s’avérant plus problématique que faire confiance aux gens après une bonne sensibilisation lors du prêt. Advenant le bris du matériel, le seul coût réclamé à l’usager serait le prix de l’appareil en cas de bris majeur ou celui de la réparation. Si un livre disparaissait de la liseuse, aucun montant ne serait demandé à l’usager.
La liseuse, dans son étui, est présentée à l’usager dans un boîtier en plastique contenant le câble USB, un sondage, un crayon, le manuel d’instruction élaboré ainsi que sa version abrégée. Le prêt de la liseuse, prévu pour trois semaines, a débuté en avril 2010. Face à l’engouement pour ce service, nous avons réduit la durée du prêt à une semaine, et une deuxième liseuse a été achetée en octobre 2010. Au mois de janvier 2011, nous avions effectué 47 prêts et 87 réservations étaient enregistrées. Lors du prêt, le personnel du comptoir de service montre de façon succincte le fonctionnement de la liseuse, présente le contenu du boîtier, y compris le sondage à compléter, et sensibilise l’usager au coût du document. Jusqu’à présent, nous n’avons détecté aucun bris, perte ou problème au retour du document.
Au niveau du catalogage et du repérage de l’information dans notre catalogue, nous avons créé une notice maîtresse pour l’appareil, soit le livrel, dans le système SIGB Symphony de SirsiDynix, et une notice reliée a été créée pour chacun des titres inclus dans la liseuse. Il y a donc un seul code zébré sur la liseuse, et la réservation ne se fait que sur la notice « Livrel ». Toutefois, le statut du document apparaît quand même dans chacune des notices reliées. La notice contient un maximum d’informations ainsi que les sujets pertinents, dont l’expression « livres électroniques » en vocabulaire libre (vous pouvez consulter le catalogue de la bibliothèque à l’adresse www.ville.sainte-julie.qc.ca/bibliotheque).
Lors du prêt, on demande aux usagers de compléter un sondage. Celui-ci cherche à dresser un portrait de l’utilisateur, ainsi qu’à évaluer sa connaissance de ce nouveau média et son appréciation. En décembre 2010, nous remarquons que les utilisateurs sont équitablement répartis entre les catégories 26-40, 41-60 et plus de 60 ans, sont majoritairement féminins, détiennent au minimum une scolarité collégiale, ont des habitudes de lecture régulières et que leur fréquentation de la bibliothèque est élevée. Ceux-ci ont entendu parler du livre électronique il y a plus d’un an par les divers médias d’information. Ils trouvent que l’apprentissage de la liseuse s’effectue facilement et l’appareil leur semble relativement au point.
Les principales doléances des usagers portent sur la lourdeur de l’appareil et la visibilité à l’écran, le manque de couleur ainsi que la propension de la liseuse à se décharger. Peu de ces usagers possèdent un autre type d’appareil permettant la lecture, et peu d’entre eux pensent en faire l’acquisition. Ils ont passé moins de cinq heures de lecture avec le Sony Reader.
En général, les personnes interrogées n’ont pas aimé la lecture avec le Sony Reader ou demeurent neutres. De plus, elles préfèrent le livre imprimé, mais apporteraient la liseuse en vacances. Fait intéressant, elles croient qu’il y a un avenir pour le livre électronique à la bibliothèque de Sainte-Julie. Nombre de sondages complétés : 23 en décembre 2010.
À la suite de l’achat d’une liseuse, voici les principaux problèmes rencontrés :
Achat des documents
La bibliothèque a acquis quelques titres sur le site jelis.ca de la librairie Archambault. Faire l’acquisition de ces titres est très simple. Les problèmes sont survenus par la suite, au moment d’intégrer les documents dans le Sony Reader et de les y conserver. Le logiciel Adobe Digital Edition a été installé sur notre ordinateur pour nous permettre de télécharger le contenu désiré (PDF ou epub) sur le Sony Reader.
Deux problèmes sont survenus. En premier lieu, nous avons remarqué que certains titres achetés n’étaient plus accessibles sur la liseuse, en particulier tous les formats epub! Pourquoi donc? Nous avons d’abord conclu que nous ne devions pas déplacer les fichiers dans l’ordinateur hôte. Par la suite, nous avons compris que l’espace mémoire de la liseuse n’était pas très important.
Lorsque nous avons voulu réutiliser le logiciel Adobe Digital Edition pour réinstaller les titres inaccessibles, un message nous indiquait que nous n’étions pas inscrits. Alors nous nous sommes réinscrits et, malencontreusement, nous n’avons pas utilisé le même courriel comme nom d’utilisateur. Le logiciel ne nous reconnaissait donc pas comme propriétaires des fichiers achetés, et plus aucun des fichiers n’était accessible pour le téléchargement. Après moult rebondissements, nous avons fini par régler ces problèmes et, depuis, la liseuse fonctionne très bien.
La capacité de mémoire du Sony Reader est limitée. S’il n’y a pas de carte mémoire, la capacité de stockage est d’au plus 30 documents, malgré une capacité annoncée de 350 titres. Nous avons eu plusieurs fois la mention « Document non disponible » et, après rechargement, d’autres documents disparaissaient. Nous n’avons pas acheté de cartes mémoire, craignant pour leur disparition ou leur copie.
Flexibilité du format PDF
La flexibilité pour changer les intitulés d’un document PDF est variable. En effet, s’il s’agit d’un document protégé avec mot de passe, nous ne pouvons ajouter ni modifier de l’information pour uniformiser, par exemple, la présentation des titres et des auteurs. C’est une lacune qui fait en sorte que certains auteurs sont uniquement identifiés par leur nom de famille ou une graphie particulière. Cette situation est irritante.
Lecture des documents à l’écran
La copie de documents libres de droits s’effectue et se gère facilement. Toutefois, la lisibilité est parfois passable, la qualité de la numérisation variant d’un document à l’autre. De plus, si nous voulons agrandir les caractères, tout le lettrage devient décalé, ce qui rend la lecture très difficile. Pour ne pas décourager le lecteur, je recommanderais d’éviter ce genre de documents, même s’ils sont libres de droits. Également, lorsque le document contient des images (les guides de voyage) et que nous voulons agrandir le texte, cela rend encore une fois la lecture laborieuse.
Expérience du prêt d’une liseuse
Allons-nous poursuivre cette expérience? Certainement jusqu’à la fin de la vie active des deux liseuses. Les usagers voient le prêt de ces documents comme une initiation, une découverte de ce que peut être ce genre de médium, sans plus. Tout comme le personnel, ils sont satisfaits d’avoir la possibilité d’explorer les nouveaux médias.
À la réflexion, je crois que la bibliothèque de Sainte-Julie devrait se concentrer sur le développement du prêt de livres numériques et chronodégradables. Le numérique dans le monde des bibliothèques est en mutation, et les technologies se développent à grande vitesse. Quelle sera l’évolution de celles-ci dans un an ou deux? Ces changements sont l’avenir des bibliothèques.
