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2 juin 2011

Je suis un bibliothécaire ambulant

Après avoir passé deux belles années d’études à expliquer à ma famille et à mes amis ce que pouvait bien signifier le terme « bibliothéconomie », voilà que j’en suis à devoir démystifier régulièrement le caractère ambulatoire de mon travail. Ambulant, itinérant, hors-les-murs, SBF (sans bibliothèque fixe), je suis, si j’en crois l’expression utilisée dans l’offre d’emploi à laquelle j’ai mordu il y un peu plus d’un an et demi, celui qui « assurera le lien entre les citoyens de l’arrondissement de Montréal-Nord et ses bibliothèques ». Beau programme! Évidemment, tout cela est plutôt vague et ne répond pas à la question initiale : mais qu’est-ce donc qu’un bibliothécaire ambulant?

Comme il n’existe pas de réponse simple, je vais tenter de prendre le chemin inverse et dresser le portrait de ce qui ne fait pas partie de mes tâches (au sens traditionnel du métier de bibliothécaire).

En bout de ligne, on pourrait sans doute résumer mon travail en utilisant ce terme parfois un peu fourre-tout qui sert de thématique au présent numéro d’Argus : la médiation. D’ailleurs, c’est ainsi qu’on a choisi d’appeler certains de mes collègues du réseau montréalais (médiateurs et médiatrices), alors que d’autres ont hérité du titre d’agent de liaison. Pour ma part, c’est avec une certaine fierté que je porte l’épithète d’ambulant, même si on a tendance à confondre mon rôle avec le personnage homonyme de Jacques Poulin (eh non! je ne me balade pas en vieux Volks sur les routes automnales de la Gaspésie, quoi que ce serait sans doute agréable).

Je ne m’attarderai pas plus longtemps sur les définitions et les descriptions de tâches. J’aimerais plutôt aborder rapidement la genèse de ce projet et décrire ensuite quelques activités et partenariats réalisés dans la dernière année.

Origine et raison d’être du projet

Le projet fut développé en 2007 à Montréal-Nord par Benoit Ferland, alors chef de division – Bibliothèques. Ce dernier s’est inspiré de projets similaires initiés dans les banlieues parisiennes. Le poste de bibliothécaire ambulant a d’abord été occupé par Mme Saïda Meridja. En janvier 2009, Mme Marie-Josée Lafortune a pris le relais avant d’être remplacée, en octobre 2009, par l’auteur de ces lignes.

Ce projet est issu d’un programme de subvention découlant d’une entente entre la Ville de Montréal et le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec (à la suite de l’expérience nord-montréalaise, le projet a été étendu à trois autres arrondissements). À Montréal-Nord, le projet a été conçu sur la base d’un partenariat entre les bibliothèques de l’arrondissement et l’organisme Un itinéraire pour tous, qui agit à titre de fiduciaire (mais aussi de porte d’entrée vers le monde communautaire).

En tant que bibliothécaire ambulant, je poursuis les objectifs suivants :

De façon un peu plus concrète, que représente cette énumération débordante de bonne volonté? Pour illustrer un peu plus clairement comment tout cela se matérialise, voici un aperçu de quelques projets développés dans le cadre de mes fonctions ambulatoires.

Activités en partenariat avec l’organisme Coup de pouce jeunesse

Au courant de l’année 2010, j’ai réalisé plusieurs activités en partenariat avec l’organisme Coup de pouce jeunesse. Cet organisme a pour mission d’impliquer les adolescents (12-16 ans) dans un réseau d’entraide, notamment en réalisant des activités auprès d’enfants d’âge préscolaire et primaire et de déficients intellectuels d’âge adulte. Dans ce contexte, ma participation avait deux facettes, soit une animation de la lecture (heure du conte, création d’histoires et atelier de bandes dessinées) auprès des participants et une démonstration de lecture et d’animation pour les adolescents bénévoles (formation par l’exemple). Ces activités ont permis de rejoindre une centaine de participants et une vingtaine d’adolescents bénévoles.

Projet la Parentaile à l’école Saint-Vincent-Marie

Au printemps 2010, j’ai participé à un projet d’initiation à la lecture parents-enfants avec des classes d’accueil de l’école Saint-Vincent-Marie. L’objectif du projet était d’encourager et de développer les pratiques de lecture entre le parent et son enfant. L’activité s’est déroulée en deux phases. La première a eu lieu à l’école Saint-Vincent-Marie et a consisté en une démonstration de lecture d’un album aux enfants et aux parents présents. Par la suite, les parents étaient invités, sur une base volontaire, à choisir un album pour en faire la lecture à un petit groupe d’enfants. Pour les besoins de cette activité, la collection de livres en langue étrangère pour les enfants a été enrichie de plusieurs titres en espagnol, en créole, en arabe et en italien. Ces lectures ont été conduites en français ainsi que dans la langue maternelle du parent-lecteur. Lors de la seconde phase, les enfants et les parents participants ont été reçus en bibliothèque, où ils assistèrent à une initiation et à une animation. Près de 200 personnes ont participé à ces visites. De ce nombre, on peut estimer qu’au moins la moitié n’avait jamais mis les pieds dans une bibliothèque de Montréal-Nord. On peut voir un aperçu du projet sur YouTube en cherchant le terme « parentaile » dans le moteur de recherche.

Activités de jeux vidéo en bibliothèque et hors les murs

Les bibliothèques de Montréal-Nord ont démarré un programme de jeux vidéo à la bibliothèque de la Maison culturelle et communautaire à l’hiver 2009. Depuis mon arrivée en fonction, j’ai travaillé à développer ce programme, notamment en assurant le prêt de matériel et de jeux à certains organismes communautaires, en mettant sur pied des animations estivales dans les bibliothèques Charleroi et Belleville et en organisant, en novembre 2009, la première édition canadienne du National Gaming Day (de même que la subséquente). J’ai aussi contribué à faire la promotion des activités du club de jeux vidéo dans les écoles secondaires. Par ailleurs, j’ai eu à assumer la coordination des soirées de jeux avec les animateurs, en plus de créer et d’animer l’activité « Je lis donc je joue », un club de lecture et de jeux vidéo pour les 6 à 12 ans. Depuis l’implantation de ce programme de jeux vidéo, nous avons pu constater que plus de la moitié des adolescents nord-montréalais sont abonnés aux bibliothèques de leur arrondissement et les fréquentent.

Le travail de bibliothécaire ambulant est, à tous les points de vue, extrêmement stimulant. À parler franchement, je ne me doutais pas, sur les bancs d’école, qu’un tel emploi existait. Aujourd’hui, je réalise qu’il faut plus que jamais multiplier ce type de projet de médiation, si on veut non seulement aller au devant de nos clientèles, mais aussi assurer la pérennité de nos institutions documentaires.