20 janvier 2011
Aujourd’hui, les Montréalais n’occupent pas seulement le territoire géographique délimité par leur arrondissement et la Ville de Montréal. Les derniers résultats de Statistique Canada indiquaient, en 2009, que 80 %1 des Montréalais de 16 ans et plus occupaient à des fins personnelles ce territoire numérique qu’est le Web. C’est une hausse de 73 % par rapport à 2007.
En d’autres termes, les Montréalais accèdent à des services en ligne, recherchent et partagent des informations, créent du contenu et interagissent entre eux2. Ils se tournent vers les ressources en ligne pour trouver lecture, musique, film et autres divertissements parce qu’il existe une telle offre culturelle Web, de plus en plus disponible et accessible.
Dans cet environnement numérique, le Web social est pensé comme une passerelle qui permet d’amener la bibliothèque aux gens et les gens à la bibliothèque, pour ceux, car ce n’est pas le cas de tous, qui veulent encore s’y rendre.
Le Web social à la Ville de Montréal a été implanté fin 2008 par le développement d’une trousse d’outils corporatifs internes : un premier wiki, le blogue Espace B, conçu comme un webzine, ainsi qu’un univers Netvibes. Quelques outils externes, tels que des comptes Facebook, Twitter, Flickr, YouTube, se sont ajoutés.
2009 a constitué une année d’expérimentation accompagnée d’initiatives sur le plan de la formation des bibliothécaires avec, en outre, une opération de sensibilisation qui a pris la forme du Colloque Bibliothèques de Montréal 2.0. La migration du wiki sur la plateforme de MediaWiki a été entamée avec l’objectif d’en faire un véritable intranet.
2010 représente une année de consolidation, par le biais d’une stratégie pour le Web social permettant d’installer une vision plus claire. Cette vision est celle d’une présence innovante des BPM3 grâce à une identité numérique forte aux côtés des leaders de la communauté des médias sociaux de Montréal, avec lesquels un dialogue tente de s’établir. Il s’agit, par ailleurs, de faire croître la culture de la collaboration au sein du réseau, afin d’étendre le rayonnement des BPM et leur impact local.
Cette conviction a été renforcée par les résultats qui ont émergé de l’enquête menée en juin dernier sur l’utilisation du Web social.
Le 22 juin dernier, une enquête sur l’utilisation du Web social dans les bibliothèques a été lancée par l’entremise d’un questionnaire envoyé aux 43 bibliothèques et au bibliobus du réseau. Toutes ces organisations ont répondu.
L’outil gratuit SurveyGizmo 3.0 a servi à construire le questionnaire en ligne, à le diffuser et à récolter les données. Le questionnaire contenait 24 questions regroupées sous les thèmes suivants :
Les objectifs de l’enquête étaient les suivants :
Les résultats indiquent que 27 % des bibliothèques du réseau ont créé un compte Facebook, soit 12 bibliothèques. Parmi ces bibliothèques, quatre détenaient plus d’un compte.
On peut considérer que ceci souligne une présence encore timide. En revanche, en 2009, une enquête menée par Baromètre multiple-media enquête menée par Baromètre multiple-media auprès des organisations québécoises indiquait un taux de pénétration de 12 %. Par conséquent, si on compare ces résultats, ceci signifie que les BPM devancent les organisations québécoises en général en ce qui concerne l’intégration à Facebook.
Une seule bibliothèque (Ahuntsic), outre le corporatif, avait jusqu’à ce jour ouvert un compte Twitter. Ce qui est moins que les entreprises québécoises du Québec, qui ont intégré Twitter à leur stratégie de marketing dans une proportion de l’ordre de 6 %, selon la même firme (Baromètre multiple-media).
Une bibliothèque, Plateau-Mont-Royal, a créé un blogue de projet pour permettre aux adolescents d’échanger avec un auteur en résidence.
Pour 95,5 % des bibliothèques interrogées, les médias sociaux sont perçus comme des outils importants pour la promotion de la bibliothèque. C’est une donnée qui rejoint les autres sondages, aux États-Unis et en Europe, quant à la perception du potentiel des médias sociaux en matière de promotion.
À la question sur l’usage des médias sociaux, la promotion des services de la bibliothèque et des services spécifiques aux jeunes vient en tête.
Les autres usages proposés ont une importance moindre, quoique significative :
Les raisons les plus souvent invoquées pour limiter le développement des médias sociaux sont :
On apprend également que la maintenance des médias sociaux en bibliothèque est assurée dans 54 % des cas.
Fait surprenant, la majorité des bibliothèques (60 %) consacrent moins d’une heure par semaine à la maintenance de leur compte. 26,7 % ont répondu que la gestion de leur site prenait entre 1 et 2 heures, alors que 2 bibliothèques ont déclaré qu’une journée était allouée à la maintenance.
Par conséquent, ces résultats indiquent une charge relativement légère, qui contraste avec l’affirmation selon laquelle le temps représente un obstacle à l’intégration des médias sociaux. Mais cela peut évidemment signifier que les gens sont disposés à en faire davantage, alors que les conditions ne s’y prêtent pas.
Les bibliothécaires ont, dans la majorité des cas, la charge d’entretenir les médias sociaux.
77 % des bibliothèques se sont montrées intéressées à recevoir une formation sur les outils du Web social. Facebook vient en tête (44 %), suivi des outils de veille dans une proportion de 30,8 %. Enfin, Twitter reçoit un timide 24,6 %, qui donne à penser que le microblogage n’est pas encore perçu comme un outil de promotion stratégique.
D’après les commentaires, les répondants souhaitent aussi une formation sur les blogues destinés à des clientèles particulières (clubs de lecture, ados, etc.).
75 % des bibliothèques ont répondu favorablement à une participation à un comité Web social réseau, qui permettrait un partage des points de vue quant aux attentes et aux besoins en matière de marketing, de développement et de formation.
À la lumière de ces résultats et du bilan des différentes initiatives menées jusqu’à ce jour, il a été décidé de mettre en place un plan d’action pour assurer la consolidation du Web social, tant sur le plan corporatif que local.
Plus généralement, il est apparu que le Web social constitue un service utile et stratégique, qui requiert une réflexion de gestion qui doit s’inscrire dans une planification plus globale du Web et des orientations de l’organisation.
Marie D. Martel est conseillère en ressources documentaires à la Direction associée des bibliothèques de Montréal.
Sylvie Passerini est bibliothécaire à la Direction associée des bibliothèques de Montréal. Elle est, entre autres, coresponsable du WikiBPM, l’Intranet des bibliothèques publiques de Montréal.